Un écho ringard des années fric.
Je suis, on peut me croire, un fervent de la modernité. Un enthousiaste de l’innovation. Un fervent des technologies, à condition qu’elles ne soient pas un écho ringard du passé. J’aime les lignes épurées, la technologie au service de l’humain, les projets qui s’inscrivent dans une démarche de progrès. J’en suis même excessivement friand.
Et puis, il y a la Tour Triangle. Un monument à la gloire d’un temps que l’on pensait révolu, une relique des années fric et de leur démesure prétentieuse. Quand je vois cette tour s’élever peu à peu, je me remémore tous ces films des années 80/90 où les héros ne juraient que par leurs cartes de visites plaquées or et leurs bureau si haut placés dans les gratte-ciel de Manhattan. Je ne juge pas ici de l’esthétique du projet. C’est par trop subjectif. Chacun se fera son propre avis à ce sujet.

Face au Léviathan, l’humain n’est plus rien.
Cependant, on nous la vendait comme un phare de modernité, mais elle n’est que le fantôme mal dégrossi d’un gratte-ciel des années 80. Un de ces géants de verre qui masquaient l’horizon, un Léviathan sans âme qui s’apprête à déverser son souffle glacial (merci l’effet Venturi) sur ses voisins. On nous promet une ville plus humaine, on nous sert un monstre de béton et d’acier qui, par son ombre, nous rappellera chaque jour que l’humain est un détail. La vie et la joie ont pourtant toutes deux besoin de lumière et de soleil pour s’épanouir. Et j’aimais croire encore très naïvement que Paris était un ensemble de petits villages. N’aurait-on pas pu imaginer une véritable modernité, un véritable futur qui aurait chanté et enchanté la dimension humaine de la capitale?
Et la transparence promise ?
Et que dire de cette transparence promise ? Un concept si séduisant, si poétique. Mais qui, honnêtement, a pu croire qu’une tour emplie de bureaux et de cloisons serait un jour transparente ? L’architecte aurait pu nous vendre une tour de verre soufflé par les fées qu’il aurait été plus crédible. Non, elle n’est qu’un miroir, un mensonge en forme de tour. On se prétend soucieux de la faune, et on érige un piège mortel pour nos amis à plumes. Où sont les défenseurs des animaux ? On ne les entend pas plus piailler qu’un moineau dans Paris.
Mais véritable la monstruosité n’est pas celle qu’on croit… et elle se dissimule.
Mais le plus grand des symboles de cette farce pseudo-moderne ne réside pas dans sa hauteur ou son design (une fois de plus je ne juge pas l’esthétique) ou encore de sa philosophie. Elle réside dans son effet miroir. Elle ne masque pas seulement la perspective des habitants, elle la remplace par un reflet. Si l’on devait élever un monument à l’illusion et au mensonge la tour triangle l’incarnerait on ne peut mieux. (Les magiciens usent très souvent d’ailleurs de miroirs pour tromper leurs publics).
La Tour Triangle n’est qu’un miroir qui nous renvoie le reflet de compromissions morales et de fausses promesses (les nôtres?). C’est le reflet de l’égo malade de notre société et le seul horizon que cette tour propose. C’est la perspective du mensonge.
Jeff.
