Petite Ceinture : la chasse aux chiens est ouverte

Depuis quelques semaines, un vent glacial souffle sur les rails désaffectés de la Petite Ceinture, et ce n’est pas le fait d’une météo capricieuse. Non, c’est celui d’une nouvelle et spectaculaire intervention des services de la Ville, dont l’efficacité, jusqu’ici discrète, s’est soudainement révélée pour une cause d’intérêt majeur : la traque du canidé.

Les « hommes en bleu », ces discrets fantômes de l’administration locale, sont désormais plus visibles sur l’ancienne ligne de chemin de fer qu’ils ne l’ont jamais été. La raison de cette mobilisation sans précédent ? L’ouverture officielle de la chasse aux chiens, une nouvelle règle manifestement édictée en catimini par la Mairie de Paris.

Silence, on verbalise

La nouvelle est tombée comme un couperet : la Petite Ceinture est fermée aux chiens. Aux maîtres désemparés qui, poliment, ont sollicité des explications auprès de la Mairie du 15° arrondissement, l’accueil fut d’une courtoisie… abyssale. Le silence. Un mutisme digne des plus grands secrets d’État, qui laisse entendre que sur certains sujets, l’art de l’esquive vaut bien toutes les justifications.

Fort heureusement, la Mairie de Paris, par un élan de générosité informationnelle, a daigné répondre, sortant de son chapeau l’argument massue : la protection de la biodiversité. Tenez-vous bien :

La Petite Ceinture est inscrite comme corridor écologique urbain d’intérêt régional par le Schéma Régional de Cohérence Écologique (SRCE) d’Ile-de France, ce qui implique que la riche biodiversité qu’elle abrite dont certaines espèces sont protégées par la loi doit être préservée sur l’ensemble de ses tronçons, qu’ils soient ouverts au public ou non. Il est de notre devoir de préserver au maximum ce patrimoine naturel.

Le corridor écologique et le grand écart

L’argument est frappant de noblesse. La Petite Ceinture est donc un corridor écologique urbain d’intérêt régional qu’il faut préserver de l’empreinte des coussinets. C’est beau, c’est fort, c’est… déconcertant.

Car, si cet espace est une arche de Noé urbaine, un sanctuaire de la nature qu’il faut protéger bec et ongles, une question s’impose avec la brutalité d’une évidence : pourquoi diable l’avoir ouvert au public, en traçant une saignée qui en occupe la moitié de la surface (je parle ici du tronçon du 15°) ? Avant cette brillante initiative, ce même corridor était une somptueuse jachère, une friche ferroviaire où, bizarrement, la biodiversité se portait comme un charme, s’exprimant en toute liberté sans se soucier du passage d’un joggeur ou d’un chien. Mais visiblement, il est plus facile d’y faire circuler des touristes, des vélos et d’y organiser des fêtes que d’y tolérer le moindre caniche. 

Le « jamais-autorisé » et le syndrome de la mémoire sélective

Dans sa missive, la Mairie de Paris enfonce le clou avec une assurance déconcertante : le site de la Petite Ceinture n’a jamais été autorisé aux chiens.

Saluons la performance. Un mensonge si éhonté qu’il en devient presque un art. Non seulement tous les promeneurs de chiens vous certifieront le contraire, mais il est de notoriété publique que des panneaux en plexiglas, aujourd’hui disparus, affirmaient naguère la permission.

Allons chercher dans les archives, puisque la mémoire administrative semble souffrir d’une amnésie sélective. Voici ce qu’écrivait la Mairie du 15° en mars 2019 (oui oui, à l’époque, ils répondaient encore aux e-mails) :

La nouvelle réglementation des parcs et jardins ne date que de quelques semaines, ce qui expliquerait que le site internet de la Ville concernant la PC, ne soit pas encore à jour. Je vais dans tous les cas le signaler. Les espaces sans aires de jeux sont désormais autorisés aux chiens tenus en laisse, ce qui est donc le cas pour la petite Ceinture.

Le « jamais autorisé » est donc une nouveauté historique.

Des solvants pour préserver la biodiversité

Mais alors, si le chien en laisse est une menace pour l’écosystème, qui sont les bienvenus ?

La Mairie, par exemple, préfère les tags effectués à la peinture. Elle accueille donc à bras ouverts les toxiques qui s’évaporent au-dessus du « corridor écologique », notamment : le toluène, le xylène, l’acétone, la méthyl éthyl cétone, les hydrocarbures aliphatiques et aromatiques, sans oublier les propane, butane et la kyrielle des monomères de résines, agents antifongiques, etc. Ces petites douceurs chimiques, qui sont autant de baisers à la nature, sont manifestement moins dangereuses qu’un petit Yorkshire reniflant une pâquerette.

On peut également laisser mijoter plusieurs jours, dans les cages d’ascenseur des immeubles adjacents, les étrons humains (mais pas canins). Une biodiversité d’un genre nouveau, certes, mais qui ne semble pas émouvoir nos écologistes de l’administration.
Mais tempérons cette dernière remarque, cela n’apporte qu’une nuisance relative puisque les ascenseurs fonctionnent une fois sur trois.

Les promeneurs de chiens ne peuvent que déplorer cette situation. Leurs compagnons à quatre pattes, cependant, pourront se réjouir d’une porte de sortie : l’ouverture de la Maison de l’Animal, où ils pourront assister à de passionnantes conférences et débats sur eux-mêmes. À condition, bien entendu, qu’ils soient tenus en laisse et qu’ils se retiennent de tout besoin naturel pendant la durée de la conférence. L’éducation civique avant tout.

Bref, une nouvelle fois, nos chers politiques et administratifs louvoient avec une dextérité remarquable entre inconstance et petits arrangements avec la vérité. La boussole de la décision publique semble décidément réglée sur le mensonge par omission et la contradiction.

Mais réjouissons-nous ! Avec les prochaines municipales, voici bientôt la saison des promesses, des serments jurés crachés, des projets extraordinaires, et des petits gestes affectueux envers les électeurs.
Restons circonspects…

En attendant, les chiens quant à eux, ne savent plus trop où poser les coussinets.

Publié par Yumington Project

Projet transmedia, auteur

2 commentaires sur « Petite Ceinture : la chasse aux chiens est ouverte »

  1. C est tellement affligeant pour nos toutous! La petite ceinture est gérée par la mairie de Paris et la Deve.
    La mairie du 15e se bat pour obtenir un tronçon ou des horaires aménagés pour les chiens.
    L interdiction ferme vient de la plainte d un joggeur qui se serait pris les pieds dans une laisse, et des services d entretien qui se sont plaints..

    Monsieur Racapé, l élu à la condition animale dans le 15 e avait fait en sorte qu il y ait une tolérance ..

    Anne Avot

    présidente de l association « les bonnes pattes »

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    1. Bonjour Madame Avot,

      Et merci pour votre commentaire très instructif qui nous conforte dans l’idée que la dimension écologique est un mensonge de la mairie de Paris. As usual. Et pour poursuivre sur le sujet des joggeurs, il serait bon également que la municipalité surveille le comportement agressif et violent de certains. J’en parle d’expérience pour avoir été gratuitement agressé par ce type d’individu (avec et sans mon chien). J’ai alors du leur expliquer vertement mon point de vue. Mais je m’égare et ceci est un autre sujet.
      Ce que je regrette en revanche, et ce que visiblement le groupe des Chiens de la Petite Ceinture regrette également amèrement, est que Monsieur Racape ignore les mails que j’ai pu lui faire parvenir et n’oppose à mes question qu’un silence qu’à terme je pourrais considérer comme méprisant.
      Aussi je veux bien vous accorder crédit quand vous affirmez que ce monsieur veuille réouvrir la PC aux chiens. Force est de constater qu’il n’y parvient pas. Las des promesses et des rumeurs, je ne me base aujourd’hui comme beaucoup, que sur les faits et les résultats. Le reste n’est que paroles.
      Encore une fois merci Madame du temps que vous avez pris pour enrichir le sujet.
      Les colonnes du Petit 15eme vous sont ouvertes.

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