Culture : La Zone était juste là.

« Comme malades, c’était plutôt des gens de la zone que j’avais, de cette espèce de village qui n’arrive jamais à se dégager tout à fait de la boue, coincé dans les ordures et bordé de sentiers où les petites filles trop éveillées et morveuses, le long des palissades, fuient l’école pour attraper d’un satyre à l’autre 20 sous, des frites et la blennorragie.  »

Qui mieux que Céline dans Voyage au bout de la nuit peut parler de cet endroit qu’était la Zone ?
Cet endroit se situait aux portes de Paris, plus exactement dans les fossés des anciennes fortifications.

Aux origines .
Afin de protéger la capitale contre un éventuel envahisseur voire contre un possible ennemi intérieur, la Monarchie de Juillet décide d’élever des fortifications tout autour de Paris. Elles prendront le nom d’enceinte Thiers du nom du président du Conseil et ministre des Affaires étrangères de l’époque, Adolphe Thiers. Les parisiens les nommeront aussi les Fortifs.

Cette zone de défense fut fondamentale dans le destin de Paris et de sa banlieue, car, peu ou prou, elle délimite encore la ville des villes adjacentes. L’enceinte courait tout autour du Paris de l’époque et était bordée vers l’extérieur d’un fossé sec de 40 mètres de large puis d’une zone non constructible de 250 mètres de large. Son côté intérieur quant à lui voyait courir des rues militaires (ils deviendront les maréchaux) et la Petite Ceinture que les promeneurs connaissent bien aujourd’hui.

Ces fortifications militaires seront d’une totale inefficacité durant la guerre de 70.

Après la défaite, la zone.

Agence Rol — Bibliothèque nationale de France

C’est un important exode rural qui poussera ceux que l’on appellera les Zoniers à s’installer autour des Fortifs. Ils exerceront différents petits métiers : arracheurs de dents, marchandes de plaisirs, mais la plupart sera chiffonniers. Certains racontent que pour exercer leurs talents, les arracheurs de dents attachaient leurs clients à une chaise avant de procéder à une extraction, faute d’anesthésie. On essaiera de faire disparaitre ces bidonvilles qui cerneront la capitale sans y parvenir.

On s’y amuse aussi. Les Fortifs sont pour certains un lieu de promenade et de pique-nique dominical. Il y avait de la verdure dans laquelle on s’asseyait, dans laquelle on s’allongeait. Les enfants jouaient plus bas. C’était la campagne à un pas de Paris.

La Zone comportera jusqu’à 30.000 habitants. Dans les années 20 on construira des Habitations Bon Marché (HBM) de briques rouges que l’on peut encore observer dans le Sud du Quinzième arrondissement de Paris.

« C’était une cabane en bois, mes frères disaient qu’en regardant à travers, on voyait chez le voisin ! »
Jacqueline Boghossian, enfant de la Zone dans les années 30 

Certains ont vécus des vies entières dans la zone, certains y sont nés aussi. Ils seront à la limite de la légalité parfois pour pouvoir survivre dans ces baraques élevées de planches de tôles, de bric et de broc. Ils donneront naissance au nom de zonards.

C’est à la fin des années des années 60 que les bidonvilles de la zone disparaitront.

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